Mardi soir 18 mars 2025, un événement symbolique du ramadan s’est déroulé à la Grande Mosquée de Paris : l’iftar, repas marquant la rupture du jeûne quotidien. Mais cette année, une absence notable a été remarquée. Chems-Eddine Mohamed Hafiz, recteur de l’institution, a exprimé publiquement sa déception face à la décision du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, de ne pas participer à cette tradition.
Une tradition républicaine rompue
Jusqu’ici, la présence du ministre de l’Intérieur à l’iftar organisé par la Grande Mosquée de Paris était un rendez-vous annuel, symbole du lien entre les pouvoirs publics et les représentants du culte musulman. Pourtant, cette année, Bruno Retailleau a fait savoir qu’il ne prendrait part à aucun iftar, invoquant des raisons liées à sa conception de la laïcité.
Dans un entretien au média TSA, le recteur Chems-Eddine Hafiz a souligné que les précédents ministres de l’Intérieur avaient toujours considéré cette participation comme un acte de dialogue et de respect. Il a rappelé que « l’iftar n’est pas un office religieux, mais un moment de convivialité et de partage entre croyants et représentants de la République ».
Une décision contestée
Du côté du ministre, son entourage insiste sur le fait qu’il ne s’agit ni d’un boycott ni d’une décision dirigée contre l’institution ou la communauté musulmane. Il s’agirait, selon eux, d’une ligne personnelle que Bruno Retailleau s’applique à lui-même : il ne participe à des événements religieux que lorsqu’ils revêtent un caractère officiel ou commémoratif, comme une inauguration ou une cérémonie nationale.
« L’iftar est un moment religieux », argue un proche du ministre, tandis que le recteur répond qu’il s’agit d’un repas et non d’un rite, souvent partagé avec des responsables politiques de toutes sensibilités dans un esprit républicain. Il rappelle que le président de la République Emmanuel Macron lui-même a assisté à des iftars par le passé, tout comme de nombreux ministres et élus.
Un dialogue à préserver
Pour Chems-Eddine Hafiz, la présence du ministre à l’iftar ne relève pas d’une obligation institutionnelle, mais d’un geste de considération envers les citoyens de confession musulmane. « Le ministre de l’Intérieur est chargé des relations entre l’État et les cultes, et à ce titre, il est notre interlocuteur privilégié », a-t-il déclaré.
Il a tenu à rappeler que ce genre de moment représente une opportunité d’apaisement, de dialogue et de cohésion sociale. Seul Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de l’Europe, était présent à la mosquée mardi soir. Le recteur salue son intervention « porteuse de paix », fidèle au message que souhaite porter la Grande Mosquée de Paris.
Un geste symbolique manqué
Ce refus, bien qu’assumé, tranche avec la posture adoptée jusqu’ici par les représentants de l’État dans ce type d’occasion. Pour beaucoup, l’absence du ministre à cet événement symbolique sonne comme une prise de distance regrettable à un moment où les relations entre cultes et République nécessitent plus que jamais d’attention, de dialogue et de respect mutuel.
À travers son message, le recteur de la Grande Mosquée de Paris n’a pas seulement exprimé une déception personnelle, mais aussi celle d’une communauté attachée aux principes républicains et au vivre-ensemble. Il rappelle que la laïcité, telle qu’elle est conçue en France, n’interdit pas le dialogue, mais le structure dans le respect de chacun.