En bref
- Premiers contacts : sous la dynastie chinoise Tang (VIIᵉ-IXᵉ siècle) et la dynastie coréenne Goryeo (918-1392).
- Présences anciennes : marchands arabes et turcs intégrés dans certains clans coréens.
- Tournant : la guerre de Corée (1950-1953) avec l’arrivée des troupes turques.
- Institutionnalisation : création de l’Association coréenne de l’islam en 1955, puis de la Fédération musulmane de Corée en 1967.
- Communauté actuelle : environ 130 000 à 140 000 musulmans en Corée, dont 45 000 Coréens convertis.
Sommaire
- 1. Des premiers contacts sous les dynasties anciennes
- 2. L’influence des marchands arabes et turcs
- 3. La guerre de Corée, un tournant décisif
- 4. L’essor institutionnel et la construction des mosquées
- 5. Une communauté en croissance mais marginalisée
- 6. Immigration récente et diversité ethnique
1. Des premiers contacts sous les dynasties anciennes
L’islam est présent en Corée bien avant l’époque contemporaine. Dès la dynastie chinoise Tang (617-907), le monde islamique prend conscience de l’existence de la péninsule.
Les premiers contacts directs surviennent durant la dynastie Goryeo (918-1392), lorsque des voyageurs musulmans rencontrent les populations locales.
Certains poèmes traditionnels coréens, comme le Cheoyongga ou le Ssang-hwajeom, évoquent d’ailleurs des personnages d’origine arabe ou turque.
2. L’influence des marchands arabes et turcs
Sous les dynasties Silla puis Goryeo, des marchands musulmans parcourent l’Asie pour commercer. Quelques-uns s’installent durablement en Corée, obtiennent des noms de famille locaux et fondent des clans comme le Jang de Deoksu ou le Seol de Gyeongju.
Ces intégrations restent toutefois rares et ne donnent pas naissance à une véritable communauté musulmane structurée.
Au fil des siècles, ces familles s’assimilent totalement à la société coréenne.
3. La guerre de Corée, un tournant décisif
La véritable implantation de l’islam en Corée remonte à la guerre de Corée (1950-1953).
Les troupes turques, engagées aux côtés des forces des Nations unies, participent aux combats mais aussi aux efforts de reconstruction.
Après 1955, malgré l’absence initiale de missions islamiques officielles, des activités religieuses commencent à être tolérées.
Le 15 septembre 1955, la première Association coréenne de l’islam est fondée avec 70 membres, marquant la naissance d’une communauté organisée.
4. L’essor institutionnel et la construction des mosquées
En 1967, l’Association devient la Fédération musulmane de Corée.
Sous la présidence de Park Chung-hee, la diplomatie s’en mêle : Séoul souhaite améliorer ses relations avec les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient.
Un terrain est offert à Hannam-dong en 1970, et avec l’aide de financements étrangers, la première grande mosquée de Corée est inaugurée en 1976 à Itaewon (Séoul).
Un orphelinat est également construit, marquant l’importance croissante de la présence musulmane.
5. Une communauté en croissance mais marginalisée
Durant les années 1960 et 1970, l’islam gagne des adeptes parmi les travailleurs coréens partis sur des chantiers au Moyen-Orient, qui se convertissent au contact de cette culture.
Après un déclin relatif, la communauté connaît un regain à partir des Jeux olympiques de Séoul de 1988, avec l’arrivée massive de travailleurs immigrés.
En 1990, on estime la population musulmane à environ 35 000 personnes ; aujourd’hui, elle est évaluée entre 130 000 et 140 000, dont près de 45 000 Coréens.
6. Immigration récente et diversité ethnique
La communauté musulmane en Corée du Sud est désormais hétérogène.
Elle rassemble des fidèles originaires du Moyen-Orient, d’Asie centrale, d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est.
Les Ouzbeks, Indonésiens, Pakistanais et Bangladais en constituent les principaux groupes, souvent employés dans l’industrie et la construction.
Le quartier multiculturel d’Ansan, surnommé le « Village sans frontières », est aujourd’hui un centre vivant de cette diversité religieuse et culturelle.
Les mariages mixtes et l’arrivée d’étudiants étrangers renforcent encore cette pluralité, même si la communauté demeure minoritaire dans le paysage coréen.